Le discours bulgare du XIX sciècle sur les Tsiganes

Keta Mircheva.

L’object de cet article est de reconstruire l’image dont les Bulgares du XIX sciècle ont des Tsiganes. Sur la base des données du folklore, de la littérature et de la presse périodique on peut suivre transformations de cette image qui sert à l’établissement de l’Etat-nation bulgare et de l’identité nationale bulgare.

Au niveau du folklore les Tsiganes sont présentés d’abord comme différents de race, après quoi la ligne de la démarcation passe par l’oposition nomades-paysans pour aboutir à la définition des Tsiganes comme infidèles. Mais les Tsiganes ne sont pas infidèles juste par rapport aux chrétiens, ils sont de plus un peuple sans foi et sans Dieu, donc ils occupent les dernières places de l’hiérarchie sociale. Le marriage avec un Tsigane, même dans les cas quand il est réalisé malgrè la volonté de la personne, a pour la conséquence l’exclusion de la communauté chrétienne/bulgare. Quelles sont les origines de ce tribu meprisé et rejeté? Le folklore bulgrare donne différentes réponses: ils viennent de L’Egypte où ils se sont opposés à son souverain Saint Gréroire essayant de le compromettre; ils sont des fils ingrats qui ont abusé de la confiance paternelle; ils sont déscendants des notables qui se sont confrontes à leur évêque, connu par sa bienfaisance. Le point commun des ces légendes consiste dans le refus de l’hiérarchie sociale de la part des Tsiganes qui est suivi par la perte soit de leur souverain, soit de leur ancêtre, soit de leur chef religieux - les figures dont le rôle dans la société préindustrielle est des plus significatifs. Les Tsiganes ne se sont pas soumis à la règle et sont donc exclus de cette règle. Ils doivent en subir la punition à tous jamais, il n’existe pas de rédemption pour eux. Le Tsigane est decrit comme l’étranger tant au niveau ethnique qu’au niveau de la conception du monde. Les Bulgares sont des êtres sociaux tandis que les Tsiganes sont associés au châos et à l’enfer.

La littérature bulgare reflète cette manière de présentation des Tsiganes. D’un côté elle continue à descrire les Tsiganes dans leurs rôles traditionels, d’un autre elle introduit des nouvelles images des Tsiganes. Dans le contexte du mouvement irrédentiste bulgare on trouve les Tsiganes délateurs de leur voisins chrétiens auprès des autorités ottomanes (L. Karavelov). Malgrè cette image négative, à partir des années 60 sous l’influence des idées des Lumières, on peut constater une augmentation d’intèrêt par rapport aux Tsiganes. Les journaux bulgares commencent à publier les premières informations sciéntifiques sur les origines et l’histoire des Tsiganes. Cependant, dans certains cas, ces publications servent une fois de plus à renforcer la nouvelle idéologie nationale bulgare. En présentant la version egyptiènne des origines des Tsiganes P. R. Slaveikov fait les corrèlations arbitraites parmi les noms Atsigani (Tsiganes) et Athiniani (les citoyens d’Athènes) pour constater que ces premiers ont beaucoup influencés la vie spirituele grecque. De cette façon l’information sur les Tsiganes est transformée en instrument de denigrement les Grecques, les plus grands ennemis bulgares. Il est très difficile pour les écrivains bulgares du XIX s. de s’écarter de l’image négative des Tsiganes. Dans leur l’approche de la modernité ils rejetent les Tsiganes autant pour leur incapacité d’organisation sociale que pour leur ignorance et manque de désir d’éducation . La nuance péjorative du terme Tsigane est né dans les dernières années du XIX sciècle. Dans son dictionnaire N. Gerov définit le Tsigane comme “un homme qu’il aime mentir, un homme méchant”. Il existe même le verbe Tsigania se, signifiant mentir, vivre à la tsigane. Dans ce contexte le massacre des Tsiganes de Koprivchtitza pendant la révolte de 1876 (sans aucune preuve quant à leur culpabilité) est un évenement qui ne surprend pas. Il confirme simplement ce que le discours bulgare est dejà prononcé.

Malgrè que les Tsiganes ne sont pas parmi les objets pricipaux de la littérature et de la presse, les nouveaux motifs dans l’interprétation du thème tsigane après l’établissement de la Principauté bulgare (1879) sont bien visibles. L’un vient du passé - c’est la présentation des Tsiganes comme traîtres et bachibozouks (membres de l’armée irrégulière ottomane) qui piallagent les villages et oppriment les Bulgares quand les derniers se révoltent contre l’Empire Ottoman. L’autre est provoqué par la réalité politique dans le pays - l’usage des Tsiganes comme provocateurs lors des scrutins et des confrontements parmi les partis politiques. Le Tsigane reste le symbôle d’un être non-civilisé, non-cultivé, non-modernisé, un bagage du passé ottoman dont les Bulgares veulent s’éloigner à tout prix. L’exemple des Tsiganes constitue un cas typique de la façon dont une identité ethnique est hétéroconstruite pour servir les objectifs de l’établissement de l’Etat-nation.